Par Sémi Souames, auteur invité

J’étais dans le métro, quelques jours après le festival d’impro de Paris, quand ça a flashé… c’est souvent dans le métro que l’inspiration pointe le bout du nez. Impro est l’acronyme d’Ici, Maintenant, Précis, Réactif et Ouvert ! C’est un peu tiré par les cheveux et ça ne va peut-être pas révolutionner le monde de l’improvisation… Ce serait bien compliqué et prétentieux du haut de mes deux années de Harold…  Mais ça m’a fait cogiter tant et si bien que j’ai eu envie de poser cette réflexion par écrit !

Plus je réfléchissais à cet acronyme inventé plus je me disais qu’il rassemble quelques points qui pourraient être utile pour l’improvisateur débutant. C’est en tout cas ce que j’ai commencé à percevoir dans mon apprentissage du Harold, le format d’improvisation libre longform créé à Chicago par Del Close et sa clique. J’ai aussi constaté ça en assistant à des spectacles. En juin dernier, je me suis fait une orgie de spectacles au festival d’impro de Paris et rétrospectivement, quelque soit le format, tous les spectacles qui m’ont accroché partageaient les cinq points suivants.

Être Ici & Maintenant ! Ces deux premiers points sont indissociables bien que subtilement différents. L’impro se joue ici et maintenant ! Ça ressemble à un enfonçage de porte ouverte mais c’est bien plus dur à appliquer qu’il n’y paraît. Une fois sur scène, tu ne peux qu’être présent ici, nulle part ailleurs et surtout pas dans ta tête ! Tu n’es ni dans la scène d’avant, ni dans celle d’après. Tu es dans le temps présent, maintenant !

Quand on est dans le temps présent, on regarde ce qui se passe, on écoute ce qui se dit… On fait attention. On est prêt à faire une proposition pour faire avancer la scène ou réagir à une proposition qui vient d’être faite. C’est valable pour l’improvisateur qui joue la scène, évidemment, mais aussi pour celui qui est derrière en soutien. Quand deux joueurs improvisent, il est très facile pour ceux qui sont en soutien de décrocher pour se projeter plus loin dans la scène, dans le Harold ou carrément dans le public et ses réactions. Pire, parfois le décrochage est tel qu’on peut être totalement ailleurs. 

Après deux années de Harold, c’est peut-être ce qui me demande encore le plus d’effort ! Pas que les autres points me soient complètement acquis, loin s’en faut, mais ce point-ci est particulièrement difficile à accepter et à canaliser. Quand l’esprit gambade, il faut le ramener à la scène qui se joue sous nos yeux.

Être Précis ! L’improvisation se déroule quand chaque joueur s’appuie sur une proposition pour faire une proposition à son tour et ainsi de suite. Chaque fait et geste des improvisateurs sur scène est une proposition. Du coup, la précision pourrait-elle être l’arme ultime de l’improvisateur ?

C’est une vraie question que je me pose parce que pendant un temps, je me disais qu’une proposition trop précise, trop spécifique, risquait de trop contraindre le partenaire de jeu. Avouons-le, c’est aussi parce que faire une proposition vague demande moins d’effort… 

En réalité, plus les propositions et intentions de l’improvisateur sont précises et spécifiques, plus le travail du partenaire est facilité. Loin de contraindre, la précision ouvre des possibilités à l’autre joueur. Il y a quand même de la place pour des propositions plus vagues mais le fait est que plus les improvisateurs sont précis plus les scènes se déroulent de manière fluide et cohérente.

Être Réactif ! Le terme est plus ou moins évoqué plus haut. Dans mon esprit, peut-être pas que dans le mien d’ailleurs, il est beaucoup question de réagir en impro. La réactivité est intimement liée aux points précédents. Il faut être prêt à chaque instant à réagir aux propositions de l’improvisateur avec qui on joue. Et pour être prêt il faut être dans une écoute active qui n’est possible que si on est présent à ce que l’on fait.

Attention, par réactivité je n’entends pas réaction du tac au tac. Il peut y avoir de la spontanéité sans précipitation. Je n’entends pas non plus devenir un maître de la punchline improvisée. Nous n’avons pas tous ce talent, je ne l’ai pas, et ce n’est même pas forcément utile dans une scène. La réaction à la proposition peut être aussi simple qu’un écarquillement d’yeux ou aussi complexe qu’un longue envolée lyrique. J’exagère un peu mais vous voyez l’esprit.

A minima, en réagissant aux propositions du partenaire de jeu, il se passe quelque chose sur scène. Et c’est ce que cherche le public… Du moins, c’est ce que je cherche quand je suis dans le public.

Être Ouvert ! C’est fondamental ! Plus on est ouvert, plus l’improvisation paraît facile. En tout cas, c’est ainsi que je le ressens. Être ouvert signifie accepter les propositions du partenaire de jeu aussi inattendues soient-elles même si elles changent brusquement la direction de la scène. J’allais même dire surtout si elles changent brusquement la direction…

Vous aurez reconnu ici le oui du fameux “Oui, et…” ! Accepter la proposition ne signifie pas être d’accord avec son contenu… On accepte juste ce que dit ou fait le partenaire de jeu. C’est la partie “et”, la proposition de l’improvisateur basée sur la proposition du partenaire qu’il vient d’accepter, qui va étoffer le contexte de la scène en précisant s’il est d’accord ou non avec le contenu de la proposition. Mais le plus important c’est qu’il accepte la proposition en premier lieu.

Si je pousse un peu plus loin le raisonnement, ce point de l’ouverture rejoint une autre base fondamentale de l’improvisation : Il n’y a pas d’erreur. Une proposition inattendue peut provenir de l’imagination fertile du partenaire dans le meilleur des cas ou d’une faute d’inattention ou d’un défaut de concentration dans l’autre meilleur des cas. J’utilise intentionnellement cette tournure “… dans le meilleur des cas… dans l’autre meilleur des cas” parce que s’il n’y a pas d’erreur en improvisation alors tout relève du meilleur des cas possibles ! Une proposition est une opportunité de jeu. Une proposition résultant d’une erreur est tout autant une opportunité de jeu… à condition de l’accepter !

Voilà, ces quelques points rassemblés en un acronyme inventé me paraissent intéressants pour l’improvisateur débutant. En tout cas, ils me parlent à moi qui suis encore au début de ma découverte du monde de l’improvisation. À la réflexion, ces points sont peut-être tout aussi importants dans la vie de tous les jours… Après tout, qu’est-ce que la vie de tous les jours si ce n’est une gigantesque improvisation ?


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